Au fait...

Après 413 jours d'errance sur le globe, nous voici de retour à la maison, dans notre bonne vieille France, et la ville la plus belle du monde !

Où sommes-nous ?


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lundi 22 février 2010

du 44eme au 48eme jour

Salut ! J’essaie toujours de courir après le temps pour rattraper mon retard sur l’écriture du blog. Voici donc la description de mes premières journées en Chine métropolitaine (entendez la Chine sans le Tibet), et mes derniers jours seul...


13 janvier 2010 : Xining

Aujourd’hui, je décide d’aller visiter quelques uns des peu nombreux sites de la ville. Xining, la capitale de la région du Qinghai, est une ville tranquille et très agréable, mais peu de choses se visitent.
Je reste sur mon rythme plaisant de vacancier, qui me permet de souffler un peu après les horaires imposés de groupe au Tibet. Disons que je retrouve un peu la liberté que j’avais recherchée en partant pour mon périple autour du monde.
Je me rends d’abord à pied vers le quartier musulman, Xining possédant une forte communauté de Hui (une ethnie chinoise musulmane). J’y trouve une grande mosquée, très étonnante, et architecturalement jolie. A l’entrée, un premier hall, pourvu de carrelage blanc, est surmonté d’un dôme de faïence verte, avec à son faîte un croissant musulman doré. De part et d’autre de ce dôme, se dressent 2 hauts minarets. C’est une architecture somme toute assez classique pour un édifice religieux musulman.



Ce qui diffère des autres mosquées que j’ai pu visiter, ce sont d’abord les caractères chinois apposés un peu partout à côté d’écritures arabes, mais surtout, les autres bâtiments du complexe, d’architecture indubitablement chinoise, que je découvre en entrant dans la cour.



J’ai la chance d’arriver à l’heure de la prière, et je fais connaissance avec les surprenants Hui, des chinois à barbes et petits chapeaux blancs traditionnels, et leur ferveur religieuse.



Je reste un peu en retrait le temps que les nombreux fidèles finissent leurs prières, sur leurs petits tapis posés dans la cour face à la mosquée et en direction la Mecque. Lorsqu’ils se lèvent en enroulant leurs tapis, et qu’ils sortent de toutes parts, c’est une véritable marée humaine qui rejoint ses activités.
Mon Lonely Planet affirmait que le bâtiment principal n’était pas accessible aux non musulmans, mais je tente quand même ma chance, et devant l’entrée un sage à barbe respectable m’invite à rentrer à l’intérieur.
Je me déchausse, enfile mon bonnet en découvrant mes oreilles, comme me le demande le Hui, et je pénètre dans l’enceinte du bâtiment central, assez sobrement mais joliment décoré. La charpente, les poteaux et les cloisons séparatives sont en bois couleur acajou, et le sol, en bois également, est couvert de tapis bleus sur lesquels des fidèles continuent de s’agenouiller.



Le silence et la méditation des musulmans sont assez prenants, le hall est aéré et l’atmosphère agréable. Je reste dans un coin, regardant les Hui s’adonner à leurs pratiques religieuses, puis je sors, reprends mes chaussures restées sagement à l’entrée, et fais le tour de la cour où des dignitaires musulmans palabrent encore.
Je reprends ma route en marchant vers le centre ville et sa Bei Dajie, entendez la plus grande rue commerçante de Xining. Je me rends compte ici que je suis dans la vraie Chine, prospère et capitaliste avec ses boutiques à l’occidentale qui hurlent leurs musiques sur les trottoirs, et ses jeunes branchés qui s’égosillent dans leurs téléphones portables…
Je file dans une rue perpendiculaire pour rejoindre un petit temple tibétain, le Jinta Si, qui me rappelle que je suis encore dans une région historiquement tibétaine.



Le calme du lieu, après la cohue de la rue et ses commerces, est saisissant, et je parcours seul rapidement les jolies petites galeries, dans les fumées d’encens et les odeurs de beurre de yak.
Puis, le froid commençant à tomber sérieusement, je prends le chemin du retour vers l’hôtel, où je retrouve mon petit dortoir confortable. Mon logis est en fait une sympathique auberge de jeunesse, où des routards de tous les pays et horizons se retrouvent. Je fais connaissance avec plusieurs routards.



Il y a d’abord Patrick, le vieux (il ne voudra pas me dire son âge) français bourru et lettré, exilé en Australie, sinophile jusqu’au bout des ongles, et qui finira par me taxer de « français libéral » (parce que j’ai osé affirmer que les chinois étaient paranos de m’avoir piqué mon guide à l’entrée du Tibet), puis s’excusera de sa franchise après une petite bière et un bon repas.
Ensuite Joshua, ancien trader américain ayant fait fortune, et qui depuis 7 ans apprend la langue tibétaine et la religion bouddhiste avec un sage du coin ; Yann et Benoît, 2 petits jeunes français sympathiques qui font eux aussi un tour du monde (contrairement à moi, eux sont d’abord partis vers l’ouest, et ils en sont aujourd’hui à leur 9ème mois).
Il y a aussi Paolo, un vrai cas : 25 ans, et parti depuis 7 ans de son Italie natale, ayant sans passeport baroudé en Amériques du Nord et centrale, puis marché en Afrique afin de militer pour l’abolition des frontières, avant d’attraper la malaria et de se faire emprisonner au Mozambique, puis expatrier à la maison ! Maintenant, il est en périple en vélo depuis 8 mois, sans argent, se faisant héberger et nourrir au petit bonheur la chance (« le Pakistan ? Le plus sûr pays du monde ! », bon c’est un italien, n’oublions pas !), et a été envoyé à Xining par son hôte actuel de Lijiang pour vendre un concept de maison écologique, en échange de son hébergement.
Paolo n’est pas un mauvais bougre, mais il est insatiable sur ses nombreuses expériences, ce que j’aurais le loisir de vérifier puisqu’il partagera mon dortoir pendant 2 nuits !
Il y a encore beaucoup d’autres voyageurs, quelques routards chinois sont là aussi, des guides tibétains et même un moine qui séjourne ici avec sa famille. Ce patchwork de nationalités et d’expériences créé évidemment une ambiance propice aux discussions tardives mais passionnantes.


14 janvier 2010 : Xining

Je décide de passer ma journée à essayer de m’occuper de mon « administratif ».
D’abord mon visa. Le problème, c’est que celui-ci n’est valable que jusqu’au 2 février, et que je reste en Chine jusqu’au 15 mars ! Je dois donc le faire prolonger, et pour cela, il y a en Chine, dans chaque grande ville, le bureau de la sécurité publique (BSP). C’est un organisme qui gère toutes les entrées et sorties des provinces, et traite en particulier les visas des étrangers.
Je me rends donc au BSP de Xining, et là, ô surprise, personne à la queue devant le guichet réservé aux demandes de visa, où je trouve une gentille dame qui parle anglais ! Je me dis que c’est vraiment un jour de chance, mais non, n’exagérons pas, cette brave dame m’explique qu’il est trop tôt pour que je fasse renouveler mon visa, et qu’il faut que j’attende jusqu’au 25 janvier.
Je m’en vais donc bredouille, et un peu inquiet, je ne la sens pas trop, cette histoire. Qu’importe, je verrai bien le 25 !
Je parcours les rues de Xining, passe à côté des feux de circulation si caractéristiques, et me dirige vers la gare, afin d’acheter mes billets de train. Oui, parce que ça y est, le jour que j’attends depuis mon départ arrive bientôt ! Houda est déjà dans l’avion, et après demain nous nous retrouvons enfin à Lanzhou !



Avec l’aide d’un papier que m’a écrit une des filles de l’auberge (obligé, personne ne parle anglais ici !), je réserve donc un aller pour Lanzhou à la date du 16, et 2 retours le 17. Même si l’avion d’Houda doit atterrir en tout début d’après-midi, je préfère que nous passions une nuit à Lanzhou, on ne sait jamais.
On ne dirait pas comme ça, mais ces 2 choses réussissent à remplir ma journée, et je rentre assez fatigué à l’auberge. Il faut dire que Xining est peut-être une petite ville à l’échelle de la Chine, mais elle comporte quand même plus de 2 millions d’habitants, ce qui fait que les distances à parcourir peuvent être assez grandes, et comme la ville est agréable à arpenter, j’évite de trop prendre le taxi.


15 janvier 2010 : Xining

Aujourd’hui, je suis vraiment impatient. Mon compte à rebours arrive bientôt à son terme, et je n’ai rien d’autre en tête que ma journée de demain, mes retrouvailles avec ma belle…
Je sors néanmoins en ville, marche une fois de plus, en direction de l’immense marché de Shuijing Xiang cette fois-ci. J’y croise tibétains, Hui et Han, vendant et achetant en harmonie toutes sortes de choses, principalement de la nourriture. Les habitants sont à l’image de leur ville, sympathiques et souriants, et flâner dans les rues bondées à travers le marché est très agréable. Au cours de ma petite balade, une belle vue sur les montagnes environnantes s’offre à mon regard, au détour d’un carrefour.



Après cette petite marche, je rentre à l’hôtel, en passant par un stade où des jeunes font du sport, et d’autres chinois de tous âges dansent des chorégraphies tibétaines. Xining est vraiment une ville où il fait bon vivre, et où les habitants aiment s’entretenir.



Je reste un peu à regarder assis les jeunes jouer au football, et un adolescent vient discuter avec moi dans un anglais approximatif. Entre autres choses sympathiques, il me dira que j’ai un gros nez (ah bon ?).
Arrivé dans ma chambre, je prépare avant de me coucher mon sac pour demain, en prenant ma trousse de toilette et un change. Je laisserai le reste de mes bagages dans la consigne de l’auberge.


16 janvier 2010 : Lanzhou

Ça y est, le grand jour est arrivé ! J’ai très peu dormi, et je dois me lever tôt, puisque mon train part à 8h. Je chope un taxi à la sortie de l’hôtel, arrive tant bien que mal à lui faire comprendre que je veux aller à la gare (c’est comme ça qu’on commence à apprendre les rudiments d’une langue !), et j’arrive largement en avance pour m’installer dans le train, en siège dur.
Après un petit trajet tranquille de 2h20, j’arrive donc en milieu de matinée à Lanzhou, la capitale de la province du Lanzhou.
Lanzhou est tout ce que m’avaient décrit mon fidèle Lonely Planet et les gens que j’ai pu croiser. C’est une ville très polluée (la plus polluée de Chine, quand même !), et pour cause, étant enclavée entre des montagnes, un nuage permanent opaque, créé par les nombreuses industries présentes ici, enserre cette ville de près de 2 millions d’habitants.
Ajoutez à ça le fait qu’il n’y a absolument rien d’intéressant à visiter à Lanzhou, vous comprendrez que je n’y reste qu’une nuit, le temps de retrouver ma petite Houda.
En sortant de la gare, je consacre mon temps à trouver un hôtel. Il n’y a pas beaucoup d’hôtels de bons rapports qualité prix ici, et mon choix se porte donc sur un établissement que j’ai vu conseillé dans un blog. Pas terrible, il s’agit d’un immense complexe de style stalinien, vous savez les grands paquebots immondes comportant 500 chambres toutes identiques, avec une moquette et une tapisserie vieilles et sales…
Bref, après moult discussions avec le personnel peu sympathique et baragouinant quelques mots d’anglais, je réserve enfin une chambre avec un grand lit (pas facile à obtenir, allez savoir pourquoi ?), dans l’aile de l’hôtel réservée aux étrangers (oui oui, vous avez bien lu).
Bon, ce n’est pas le confort optimal, surtout pour 300 yuans, mais je pense que je n’aurais pas pu trouver mieux à Lanzhou. J’aurais aimé mieux pour mes retrouvailles avec Houda, mais bon.
L’heure a quand même pas mal tourné, et je pars donc à la recherche des bus qui rejoignent l’aéroport, situé à 70 km de la ville. Les explications du personnel de l’hôtel étant plus qu’approximatives, je me retrouve le bec dans l’eau, mais je suis aidé d’un sympathique jeune chinois qui, même s’il ne parle pas un mot d’anglais, m’aidera à trouver le fameux bus.
Il y en a un qui part à l’instant, je saute dedans, il était temps car Houda arrive à 13h, et il est déjà midi. Seulement, à peine parti, je reçois un texto de ma belle qui me dit qu’elle est encore à Pékin, donc qu’elle aura pas mal de retard. Soit, je serai donc largement en avance…
Le trajet en bus dure une petite heure, et quand j’arrive à l’aéroport, je finis par deviner sur les panneaux (tous écrits en chinois !) que l’avion d’Houda arrivera avec 3h de retard… je prends donc mon mal en patience, prends le temps de déjeuner un morceau, erre un peu… l’attente est très longue, il me tarde tellement !
Enfin, l’avion est annoncé, je me poste devant les vitres, j’attends, puis je la vois, avec un look « routarde » que je ne lui connaissais pas (cela dit, je ne sais pas comment elle va apprécier ma barbe de 2 mois et mes cheveux en bataille ?). Elle ne me voit pas encore, moi je la regarde prendre son bagage, se diriger vers la sortie… puis ce sont les retrouvailles…



Et ici s’arrête enfin la partie solitaire de mon tour du monde !!!

mardi 19 janvier 2010

Du 37ème jour au 43ème jour

Bonjour à tous ! Vous l’avez remarqué, j’ai pris beaucoup de retard sur la rédaction du blog, mais je vais maintenant essayer de me rattraper. Voici donc, pour le moment, le récit de la deuxième et dernière partie de mon voyage au Tibet.


7 janvier 2010 : Lhassa

Le matin du 7 janvier, je me lève vers 9h, et descend rejoindre le groupe pour le petit déjeuner. Notre guide vient nous chercher une demi-heure plus tard. Aujourd’hui plus de 4x4, mais un minibus qui nous amènera aux monastères de Drepung et Sera, situés dans les environs de Lhassa.

Le monastère de Drepung, que nous visitons donc le matin, est immense (c’est le plus grand complexe monastique du Tibet), et bien conservé. Il a été fondé en 1415 par Jamyang Chöje, un des 2 principaux disciples de Tsongkhapa, le fondateur de la secte Guelugpa (les bonnets jaunes), dont sont issus les dalaï-lamas et les panchen lamas, et qui aujourd’hui est la plus puissante école monastique du Tibet.

Bref, le monastère de Drepung est devenu le centre de la vie politique et religieuse rapidement après sa construction, lorsque son abbé fut désigné 2ème dalaï-lama, et fut le siège des Guelugpa jusqu’au 5ème dalaï-lama, qui fit transféra le pouvoir tibétain dans le palais du Potala.



Lors de la visite, je suis témoin une nouvelle fois de la ferveur du peuple tibétain : de nombreux paysans descendent de leurs villages de montagne (parfois de l’autre bout du Tibet) et se rendent ici en famille, donner de l’argent en offrande et du beurre de yak qui alimente les fameuses bougies…



Nous visitons plusieurs bâtiments, riches en vieux thangka (des peintures religieuses) et en statues de divinités, puis les monumentales cuisines du monastère, restées identiques depuis la création de Drepung. Malheureusement, les photos sont interdites…

A l’intérieur du Tsomchen, le plus grand bâtiment du monastère, dans lequel se réunissent les moines, j’ai la chance d’assister à une cérémonie…

Les moines s’installent par ordre d’importance (les moines sont classés par niveau, chaque niveau s’acquérant au bout d’un examen sanctionnant 3 ans d’études) sur les bancs recouverts de coussins, puis des moinillons accourent des cuisines pour servir à leurs ainés du thé.



Puis j’assiste médusé aux psalmodies des moines, un moment envoûtant et intense, durant lequel j’écoute les voix monocordes chantonner des prières. Je me laisse tenter, et paye les 20 yuans pour avoir le droit de photographier et filmer cet incomparable moment.



Les fidèles rentrent ensuite à l’intérieur du Tsomchen pour donner des offrandes directement aux moines, et recevoir une khata, l’écharpe de soie blanche, signe de bénédiction.

Je sors du bâtiment, puis je rejoins le groupe, et nous nous dirigeons vers la sortie du monastère, où notre minibus nous attend. Nous retournons à Lhassa, où nous mangeons dans un petit restaurant sympathique, puis nous reprenons notre véhicule, en direction du monastère de Sera.

Sera a été construit à la même période que Drepung par un autre disciple de Tsongkhapa, et c’est également un des principaux monastères des Guelugpa.

Si autrefois il pouvait accueillir 5000 moines, ils ne sont plus que 500 aujourd’hui, triés sur le volet par les autorités chinoises. Il a été détruit en grande partie lors de la Révolution Culturelle, mais est aujourd’hui reconstruit.



Le monastère a souvent été le point de départ de révoltes anti chinoises, ce qui explique peut-être la présence de militaires à l’entrée, qui étudient scrupuleusement nos permis avant de nous laisser pénétrer dans l’enceinte du site. De nombreuses parties du monastère sont également fermées au public.

Néanmoins, nous pouvons accéder à quelques chapelles, dont la plus adorée (une bonne vingtaine de minutes de queue, que nous esquivons, privilège de groupe !), celle du protecteur Tamdrin, divinité à tête de cheval censée apporter la bonne santé à ses fidèles.



A l’intérieur, je suis le rituel des tibétains, en tournant autour de l’autel, et me retrouve devant Tamdrin lui-même, aux pieds duquel un moine m’invite à m’agenouiller. Un autre moine farceur m’appose un petit point de suie sur le bout du nez, tradition normalement réservée aux enfants…

Enfin, nous quittons Sera, ses moines farceurs et ses fidèles, puis reprenons la direction de notre hôtel, où après un bon petit repas avec le groupe, je m’endormirai, les effluves de beurre de yak emplissant encore mes narines.


8 janvier 2010 : Lhassa

Aujourd’hui, c’est LA journée, la dernière avec le groupe et notre sympathique guide tibétain. Au programme, visite des 2 plus importants édifices du Tibet : le célèbre palais du Potala d’abord, puis le temple du Jokhang.

Le matin, notre guide vient donc nous chercher à l’hôtel, puis nous prenons le minibus pour nous rendre au palais du Potala.



Le Potala, tout le monde connaît, au moins en photo, c’est l’image traditionnelle du Tibet. Il faut dire que le palais est absolument fabuleux, un immense édifice perché en haut d’une colline. On ne peut pas le rater !



Le Potala, c’est plus de 1000 pièces, dont la quasi-totalité sont vides, ce sont 13 étages, une façade de près de 120 mètres de haut, et une construction s’étalant sur presque 50 ans ! Ces impressionnantes caractéristiques en ont fait le symbole de la puissance du peuple tibétain, à son apogée au XVIIème siècle.



A la base, le roi Songtsen Gampo fit bâtir son palais sur la colline à la fin du VIIème siècle. Ça n’avait rien d’un Potala, plutôt un modeste lieu pour le premier roi historique. En 1645, le 5ème dalaï-lama décide d’y faire construire un palais plus important que Drepung, où siège la cour depuis le XVème siècle, au cas où vous n’auriez pas suivi. Et ainsi naquit le palais du Potala, siège des dalaï-lamas depuis lors.

Aujourd’hui, le dalaï-lama actuel étant en exil en Inde, le palais ressemble plutôt à un vaste musée, devant lequel les chinois n’ont pas pu s’empêcher de construire une immense esplanade (encore !), et au sommet duquel s’élève fièrement le drapeau national.



Ici encore, des milliers de pèlerins affluent pour se prosterner face au monument, et parcourir les différents mausolées et chapelles.

Architecturalement parlant, le Potala se divise en 2 parties, le palais rouge, qui concentre la partie religieuse, et le palais blanc, plutôt consacrée à l’administration, les logements… ces deux zones se distinguent clairement sur la façade.

Une fois la billetterie et le contrôle de sécurité passés, nous nous retrouvons dans l’enceinte d’une sorte de petit village tibétain, quelque peu vide, puis nous entamons l’ascension des escaliers qui longent la façade du palais. Peu à peu, la vue sur Lhassa s’offre à nous.



Nous arrivons enfin devant l’entrée de la partie rouge, où nous nous reposons de la montée avec quelques familles tibétaines. Puis c’est une grande cour, et nous gravissons les dernières marches qui nous amènent à la (petite) partie visitable… et interdite aux photos !



Ici commence une succession de salles, toutes plus belles les unes que les autres, richement décorées, parées de thangka, de pièces sculptées, de statues. Toute pièce de l’architecture, en bois finement sculpté, est peinte à la manière tibétaine. Bref, tout est impressionnant, superbe, et me donne un aperçu de la puissance et la richesse culturelle de l’empire tibétain à l’époque.

Parmi les pièces visitées, les plus marquantes sont bien sûr celles où ont été érigés les mausolées des dalaï-lamas (du 5ème au 13ème, excepté le 6ème, fieffé buveur et coureur de jupons, qui a fini par abandonner son peuple avant de se faire lyncher !). Ce sont d’immenses constructions blanches (certaines font plus de 20 mètres de haut), bâties façon stupa, richement décorées d’or et de pierres précieuses. Evidemment, les fidèles viennent en nombre se recueillir et donner des offrandes ici.

Les appartements du dalaï-lama font également partie de la visite. Assez sobres et petits, ils offrent néanmoins à leur illustre résidant (lorsqu’il a le droit d’être ici) certainement la plus belle vue de Lhassa.

Les autres salles visitables sont des chapelles, dédiées à différentes divinités, des pièces de stockage de livres de prières, de mandalas en 3 dimensions… une débauche de richesses, mais qui n’est qu’une toute petite partie de l’ensemble historique qui était présent ici, et a (encore une fois) largement été pillé par les chinois.

Nous redescendons ensuite par l’autre côté du Potala, parmi les fidèles, heureux et sympathiques, et nous rejoignons le car qui nous emmènera dans le centre de Lhassa pour déjeuner. Nous sommes à côté de notre hôtel, et du Jokhang, que nous visitons après notre repas.

Le temple du Jokhang, tout comme le palais du Potala, est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO. Même s’il est moins célèbre à l’étranger que le précédent, il est cependant plus sacré pour les tibétains. Il s’agit du premier temple bouddhiste du Tibet, construit en 639 sur ordre du roi Songsten Gampo (toujours le même !) pour fêter son mariage avec la princesse chinoise.



Selon la légende, le roi, indécis quant à l’emplacement du futur temple, aurait lancé sa bague en l’air, en promettant de construire là où elle tomberait. La bague tomba dans un lac, (le lac de lait, je crois), qui dut être asséché pour permettre l’érection du temple…

A l’entrée du Jokhang, tout un symbole, on peut voir la une tablette en pierre datant du début du IXème siècle, où est gravé le traité de paix sino tibétain, par lequel chacune des parties reconnaît la souveraineté de l’autre, et assure de la laisser en paix. Peut-être que les chinois ne savent plus lire ?

Pénétrer dans le Jokhang, c’est tout particulier, je suis envahi par l’atmosphère chargée en religiosité. D’abord à l’extérieur, avec les innombrables et infatigables pèlerins qui effectuent leur circuit rituel autour du monument, et dont il faut couper la file continue, puis à l’intérieur, avec ces mêmes tibétains qui attendent silencieusement dans la cour avant de pouvoir entrer dans le temple.



Étonnamment, il règne un silence religieux à l’intérieur de l’enceinte du temple, ce qui contraste vivement avec le brouhaha général de l’extérieur.

Architecturalement, le Jokhang est magnifique. Dans la partie centrale, où patientent les fidèles, se trouve un cloître aux piliers de bois sculptés et aux peintures criardes tibétaines. La partie verticale supérieure de cette cour est couverte sur toute sa périphérie de tentures noires pourvues de motifs bouddhistes brodés en blanc.



Nous rentrons dans les pièces du rez-de-chaussée, des chapelles et la salle de prière des moines qui sont richement décorées. Sur l’un des murs intérieurs, je contemple une très intéressante fresque qui décrit la construction du temple. Dans un recoin de la salle de prière des moines, se trouve un trou par lequel tous les visiteurs écoutent le soi disant bruit du lac de lait qui serait resté emprisonné dans les pierres du temple.

Puis c’est la chapelle tant sacrée renfermant la fameuse statue de Jowo, qui représente le Bouddha jeune, et date de son vivant. Impressionnant !

Mais le summum de la magie de ce lieu déroutant, c’est sans conteste sa terrasse, accessible par un escalier que j’emprunte avec impatience. Le premier palier, joliment et sobrement décoré offre une atmosphère sereine, avec ses arbustes et sa vue plongeante sur la cour où patientent les fidèles. En revanche, hormis quelques moines et de rares visiteurs, peu de monde est monté, ce qui renforce la quiétude du lieu.



Le palier supérieur, quant à lui, offre une vue splendide sur le sommet des toits dorés du Jokhang, le palais du Potala, les flics en faction sur les toits alentours et surtout, surtout, une vue plongeante sur le Barkhor et le flux des pèlerins qui prient ou tournent autour du monument.



Après cette dernière visite en compagnie du groupe, nous prenons congé de notre sympathique guide, puis rentrons à l’hôtel et prenons notre dernier repas ensemble. Demain matin, le couple d’allemands et une des 2 américaines repartent pour leurs contrées respectives. L’autre américaine reste, puisque son mari lui fait la surprise de la rejoindre bientôt à Lhassa, et les 2 rigolos hollandais partent comme moi dans 2 jours. Notre dernier repas est très convivial, et nous nous promettons tous de garder contact.

Nous allons donc nous coucher tôt pour permettre à ceux qui partent demain de bien se reposer.


9 janvier 2010 : Lhassa

Pour la première fois depuis le début de mon séjour au Tibet, je peux faire une grasse matinée, qui m’est particulièrement agréable. Quand je me réveille, je décide de consacrer une partie de mon temps libre à m’occuper de mon départ du Tibet pour le reste de la Chine. En effet, je n’ai toujours pas de billet de train (ce qui est normalement illégal), j’ai simplement un permis qui ne me permet de rester ici que jusqu’à après demain. Je pars à la gare de Lhassa en compagnie de mon guide, qui a gentiment accepté de m’accompagner pour m’aider.

La gare est située à l’extérieur de la ville, et nous prenons un taxi rudement négocié pour nous y rendre. Le bâtiment est incroyablement grandiose, dimensionné aux envies mégalomanes chinoises. En fait, la gare ressemble plus à un aéroport quasiment vide !

Bref, avec l’aide du guide, j’achète un billet de train pour 2 fois moins cher que ce que me proposait l’agence népalaise, départ pour Lanzhou (province chinoise du Gansu) le 11 janvier à 8h, en couchette molle (soft sleeper). Puis je retourne au centre ville, et passe le reste de ma journée à flâner dans le Barkhor et à aller sur internet.

Le soir, je retrouve pour dîner Jasmine l’américaine et Mitchell le hollandais, son ami étant malade et ne nous accompagnant donc pas, et vais me coucher tôt.


10 janvier 2010 : Lhassa

Le dernier jour de mon séjour au Tibet, je me lève à 10h, puis file seul au parc du Norbulingka, à pied, ce qui fait une petite trotte depuis l’hôtel. Je repasse devant le superbe Potala, perché majestueusement sur sa colline, puis visite un petit temple érigé à même le roc, à 2 pas du palais.



Ensuite, je reprends ma marche vers le parc du Norbulingka. C’est le 3ème lieu de Lhassa inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO. Il s’agit de la résidence d’été du dalaï-lama depuis 1750 et le 7ème dalaï-lama qui fit bâtir ce complexe, ses successeurs y apportant leurs touches personnelles.

J’avoue que je ne comprends pas trop l’inscription par l’UNESCO. Le parc est immense, mais la plupart des pavillons sont fermés au public, et de nombreux travaux rendent le site peu agréable. Néanmoins, le pavillon du dalaï-lama actuel, avec ses appartements meublés et décorés façon années 1950 (la date à laquelle il a fui le Tibet) et sa salle de bain vaut quand même le détour. Très joli aussi, le parc de ce pavillon, avec ses bassins gelés, offre une pause agréable au cours de la visite.



Je reprends ensuite mon chemin vers le centre de Lhassa, et au moment où je me dis que je commence à avoir faim, je croise Jasmine l’américaine, qui décide de partager mon repas tardif. Le hasard nous mène dans un restaurant sichuanais, où nous mangeons une fondue bien relevée.

Sur le chemin du retour à l’hôtel, nous croisons Oscar, le mari de Jasmine, fraîchement débarqué à Lhassa. Je laisse les 2 tourtereaux se retrouver, et vais faire un tour sur internet.

Puis je retrouve les rescapés du groupe et Oscar pour notre dernier dîner. Nous discutons avec intérêt sur la politique internationale, nos voyages respectifs, la grandeur gastronomique de la France que je vante… Oscar se révèle être un très cultivé et gentil mexicano-américain. Il me déconseille absolument d’aller à Lanzhou, ville extrêmement polluée et inintéressante, où je dois pourtant retrouver Houda, et m’oriente plutôt vers Xining, dans la province du Qinghai. Il me donne même l’adresse de la guesthouse dans laquelle il a séjourné, et me fournit les indications en chinois pour m’y rendre. Bien que j’aie déjà mon billet pour Lanzhou, je note toutes ses informations avant d’aller me coucher, et je le remercie chaleureusement.


10 et 11 janvier 2010 : Lhassa – Xining

Ce matin, je me suis donc levé à l’aube, j’ai repris mon sac que j’avais préparé hier, puis suis parti en taxi vers la pharaonique gare de Lhassa. Je jette un dernier coup d’œil au Jokhang et au palais du Potala, puis rentre dans le train.

Le train qui part de Lhassa pour la Chine n’est pas ordinaire, loin de là. C’est le plus haut train du monde, avec une altitude dépassant 4.000 mètres sur presque 1.000 km (soit 80% du trajet), et un point culminant de la ligne à plus de 5.000 mètres. Comme 50% de la ligne repose sur du permafrost, susceptible de se réchauffer suite aux changements climatiques, et donc de nuire à la stabilité du train, il a fallu prévoir le refroidissement du sol par injections de liquide spécifique. Au-delà de l’exploit technologique, ce tronçon représente un enjeu politique évident pour les chinois.

Le voyage en lui-même est particulièrement impressionnant. Le train parcourt des paysages époustouflants, entre montagnes lacs gelés.



Mon compartiment est confortable, avec 4 lits couchettes, chacun disposant d’un écran télé. Je partage la première moitié du trajet avec une mère et son adorable bambin, qui chahute un peu avec moi.



Je parcours le train, profite du paysage dans le wagon restaurant, où un écran affiche la température extérieure (qui descendra à -25°C la nuit !), la vitesse du train…

A Golmud, alors que je commence à m’endormir, 2 vieux chinois entrent bruyamment dans le compartiment pour prendre les 2 lits libres. La nuit sera assez courte, ces 2 compagnons ronflant comme des locomotives !

Le lendemain matin, après un petit déjeuner dans le wagon restaurant, je décide finalement de suivre les conseils d’Oscar et de descendre à Xining, où le train s’arrête avant Lanzhou. Je découvre la ville en sortant de la gare, et prends un taxi pour l’auberge de jeunesse dont l’adresse m’a été filée par Oscar.

L’auberge est effectivement sympathique, située aux 2 derniers étages d’un immeuble en comportant 16. Je prends un lit dans un dortoir comportant 4 couchages, mais je serai seul cette nuit, profitant de la superbe vue sur la ville.

Je vais faire un tour en ville, me paye un vrai gueuleton dans un certain « French Coffee », où pour 100 yuans quand même j’ai un service et une nourriture irréprochables, puis rentre à l’hôtel pour faire ma lessive et utiliser le wifi à disposition dans le lobby.

Je m’endors le soir assez tôt, en regardant songeusement les lumières de la ville depuis mon lit…